Rarement les États-Unis auront connu autant de phénomènes météorologiques violents en même temps. En cette mi-mars 2026, le pays encaisse simultanément un dôme de chaleur record dans le Sud-Est, un vortex polaire glacial dans le Midwest, des tempêtes de neige dans le Nord et des pluies torrentielles à Hawaï. Le météorologiste Ryan Maue, ancien de la NOAA, s'attend à des conditions extrêmes dans les 50 États.
Quand 30°C et la neige cohabitent à Washington en 48 heures
Pour comprendre à quel point la situation est absurde, prenons Washington DC. Mercredi 11 mars, le thermomètre affichait environ 30°C dans la capitale fédérale — soit le double des normales de saison. Quarante-huit heures plus tard, des flocons tombaient sur des cerisiers en fleur. C'est le genre d'écart qui donne le vertige, même pour des météorologistes aguerris.
Marc Chenard, du Service météorologique national américain, résume bien la situation : dans tout le pays, on assiste à une alternance brutale entre le froid et le chaud, parfois les deux en l'espace de quelques heures. Ce n'est pas de la simple variabilité saisonnière. C'est autre chose.
Un dôme de chaleur qui pousse les températures à 42°C en Arizona
Dans le Sud-Est des États-Unis, une poche d'air chaud stagnante — ce que les météorologistes appellent un dôme de chaleur — bloque toute circulation atmosphérique depuis plusieurs jours. L'effet est celui d'une serre à ciel ouvert : l'air chaud reste piégé, et les températures grimpent sans relâche.
À Phoenix, en Arizona, le mercure devait atteindre 37°C dès mardi, puis 42°C dans les jours suivants. Pour donner un ordre de grandeur : Phoenix enregistre habituellement ces températures en mai, pas en mars. On parle d'une avance d'environ deux mois sur les normales saisonnières.
Le vortex polaire dégringole vers le Midwest et le Sud
À l'opposé géographique et thermométrique, le vortex polaire — une dépression qui se forme à environ 30 km d'altitude au-dessus du pôle Nord — a décroché de sa position habituelle et plonge vers le bas du continent. Minneapolis et Chicago sont en première ligne, habituées à ce type d'événement. Mais cette fois, l'étendue du froid pourrait descendre jusqu'à Atlanta, en Géorgie — une ville qui n'est pas équipée pour ce genre de situation.
Le week-end voit deux systèmes dépressionnaires successifs alimentés par ce vortex et capables de provoquer d'importantes chutes de neige sur le Nord américain. En parallèle, une vaste zone allant du Kansas à l'Oklahoma jusqu'au golfe du Mexique subit des rafales proches de 100 km/h. Au Nebraska, les autorités locales ont déclenché des alertes incendie à cause de ces vents violents.
Hawaï sous les eaux, le Jet stream en cause
L'archipel hawaïen n'est pas épargné. Une rivière atmosphérique — ces bandes d'air chaud et humide transportant d'énormes masses de vapeur d'eau sur des milliers de kilomètres — stationne au-dessus des îles et génère des pluies torrentielles. Plusieurs cours d'eau sont en alerte aux crues.
Ce qui relie tous ces événements ? Le Jet stream, ce tube de vent de 2 à 3 km d'épaisseur qui fait le tour de l'hémisphère d'ouest en est. Il s'est brutalement accéléré, créant de grandes amplitudes entre zones de haute et basse pression. Ryan Maue le formule ainsi : "Ce qui signifie que l'on observe de nombreux extrêmes les uns à côté des autres."
Les phénomènes en jeu ce week-end aux États-Unis :
- Dôme de chaleur : 42°C attendus à Phoenix, Arizona
- Vortex polaire : températures négatives dans le Midwest jusqu'en Géorgie
- Deux tempêtes de neige successives dans le Nord du pays
- Rafales à 100 km/h du Kansas au golfe du Mexique
- Rivière atmosphérique et crues à Hawaï
De nombreuses études établissent un lien entre ces dérèglements du Jet stream et du vortex polaire, le recul de la banquise arctique et le changement climatique d'origine humaine. Ce qui se passe en ce moment aux États-Unis n'est pas une curiosité météorologique isolée — c'est le genre de configuration que les climatologues anticipaient pour des décennies à venir, pas pour mars 2026.