Un record qui efface 56 ans d'histoire
Le chiffre a été rendu public le mercredi 4 mars par Météo-France : février 2026 dépasse février 1970, qui faisait référence depuis plus d'un demi-siècle. Ce n'est pas un record qui se bat tous les ans. Pourtant, cette fois, les précipitations ont été suffisamment massives et régulières pour l'emporter sans ambiguïté.
Concrètement, en quatre semaines, certaines régions ont reçu l'équivalent de deux mois de pluie. Les sols, déjà saturés depuis janvier, n'avaient aucune capacité d'absorption. Les cours d'eau ont gonflé durablement et les nappes phréatiques se sont rechargées à un rythme inhabituel. Ce n'est pas une mauvaise nouvelle sur le fond — les nappes en avaient besoin — mais les dégâts associés, eux, ont bien eu lieu.
Un hiver entier sous les perturbations
Ce n'est pas seulement février qui est sorti du lot. L'hiver 2025-2026 dans son ensemble se classe au 8e rang des hivers les plus pluvieux enregistrés en France. « Les précipitations ont été quasi quotidiennes depuis début janvier », constate Christine Berne, climatologue à Météo-France. Son explication est limpide : « Les perturbations ont défilé sur notre pays sans être arrêtées par aucun anticyclone. »
En clair, le bouclier habituel — cet anticyclone qui vient bloquer les flux atlantiques en hiver — a été aux abonnés absents. Résultat : une porte grande ouverte aux systèmes dépressionnaires, les uns après les autres, pendant des semaines.
La Bretagne et la façade atlantique en première ligne
Certaines régions ont encaissé l'essentiel du bilan. En Bretagne, il a plu plus de deux jours sur trois depuis le début de l'hiver. Sur la façade atlantique et le Massif central, la proportion dépasse un jour sur deux. Des cumuls records ont été relevés sur plusieurs villes :
- Quimper (Finistère) : 798 mm sur l'hiver
- Montpellier (Hérault) : 526 mm
- Arles (Bouches-du-Rhône) : 404 mm
Ces chiffres parlent d'eux-mêmes. À titre de comparaison, la moyenne annuelle de pluie à Paris tourne autour de 640 mm. Quimper a donc reçu davantage en un seul hiver.
Cinquante jours de vigilance crue orange ou rouge
Ces pluies répétées ont eu des conséquences directes sur les cours d'eau. « Des crues majeures et des inondations durables » ont touché la façade atlantique et le Sud-Ouest, selon Météo-France. La directrice de Vigicrues, Lucie Chadourne-Facon, a livré un chiffre frappant : la France a cumulé 50 jours en vigilance crue orange ou rouge sur cet hiver, soit plus du double de la moyenne historique sur les 20 années d'existence du service.
Deuxième février le plus chaud depuis 1900
Si le froid vous a manqué ce mois-ci, vous n'étiez pas seul à le remarquer. Février 2026 ne s'est pas contenté d'être le plus pluvieux jamais enregistré : il se classe aussi au 2e rang des mois de février les plus chauds depuis 1900. Les températures ont dépassé de 3,5°C les normales de la période 1991-2020. Pluie et douceur, un cocktail qui a rendu le mois décidément hors norme.
Et maintenant ? Un printemps chaud et encore arrosé
Météo-France anticipe pour le trimestre mars-avril-mai 2026 des températures supérieures aux normales, dans la continuité du changement climatique sur l'Europe. Mais attention à ne pas confondre douceur et beau temps : les prévisions tablent sur un printemps plus humide que la normale, avec une attention particulière sur la moitié nord du pays, jusqu'ici relativement épargnée par les crues sévères.
Dernière information qui surprend au premier regard : malgré tout ce volume d'eau tombé depuis janvier, Météo-France ne carte pas un risque de sécheresse à l'été. Tout dépendra de la pluviométrie des prochains mois, mais aussi des températures printanières et estivales. Un été chaud et sec peut suffire à effacer les réserves reconstituées cet hiver. La mémoire des sols est plus courte qu'on ne le croit.