Après plusieurs mois d'absence, le sable du Sahara fait son retour sur la France. Les premières poussières sahariennes sont déjà en transit, mais c'est au tout début du mois de mars qu'un épisode autrement plus intense pourrait frapper, avec une goutte froide sur l'Espagne prête à happer d'importantes quantités de sable vers nos régions.
Des premières poussières déjà en route
Ces dernières semaines, le puissant flux océanique qui balayait l'Europe occidentale rendait toute remontée saharienne impossible. Le vent venant de l'ouest pousse simplement le sable dans la mauvaise direction. Mais la situation a changé : les vents se sont orientés au sud sur toute l'Europe, et les premières poussières sahariennes ont commencé à atteindre nos régions.
Pour l'instant, ces remontées restent discrètes — peu visibles dans le ciel, concentrations modestes. D'ici vendredi, un léger retour du flux océanique les évacuera vers l'est. Un épisode de transition, en somme, avant quelque chose de plus sérieux.
Vous avez peut-être déjà vécu ce phénomène sans vraiment comprendre ce qui se passait : la voiture couverte d'une fine pellicule ocre au matin, le ciel qui prend une teinte blanchâtre ou jaunâtre, le soleil légèrement voilé. C'est ça, une intrusion saharienne. Et celle qui s'annonce pour début mars risque d'être bien plus marquée.
Début mars : un épisode potentiellement massif
Pour qu'une intrusion saharienne soit vraiment intense, il faut une configuration météo précise. Une dépression ou goutte froide doit se former sur la péninsule Ibérique et plonger vers le désert marocain et algérien. Ce mouvement crée un appel d'air vers le nord qui soulève d'énormes quantités de sable, lequel traverse ensuite la Méditerranée avant d'atteindre la France.
C'est exactement ce scénario qui se dessine pour les premiers jours de mars. Une goutte froide s'installerait sur l'Espagne entre le 1er et le 4 mars, déclenchant des remontées de poussière à grande échelle vers nos régions. Les prévisions de l'université d'Athènes, qui dispose d'un des meilleurs modèles mondiaux pour ce type de phénomène, montrent des concentrations significatives sur la France durant cette période.
L'échéance est encore à six ou sept jours — ce qui laisse une marge d'incertitude — mais les différents modèles météorologiques convergent vers ce scénario. Quand les simulations se ressemblent d'une passe à l'autre, ça devient difficile d'ignorer le signal.
Ce qu'on peut attendre concrètement
- Un voile blanchâtre ou jaunâtre dans le ciel, soleil parfois teinté d'orange
- Des dépôts de poussière ocre sur les surfaces extérieures (voitures, terrasses, vitres)
- Une qualité de l'air dégradée, avec des particules fines PM10 en hausse — à surveiller pour les personnes sensibles aux problèmes respiratoires
- Des précipitations colorées si de la pluie accompagne le phénomène
Pourquoi la fin de l'hiver est propice à ce phénomène
Ce n'est pas une coïncidence que ce type d'épisode survienne à cette période de l'année. La fin de l'hiver et le début du printemps créent des conditions favorables pour plusieurs raisons. Les gouttes froides — ces masses d'air froid isolées en altitude — ont tendance à se former et stationner sur la péninsule Ibérique à cette saison. En parallèle, les remontées chaudes depuis l'Afrique du Nord deviennent plus fréquentes avec l'allongement des jours et le réchauffement progressif du continent africain.
Le phénomène est donc récurrent, même si chaque épisode a sa propre intensité. Certaines années, le sable reste anecdotique. D'autres fois — comme en mars 2022 — les quantités déposées sont assez spectaculaires pour teinter la neige en orange dans les Alpes ou les Pyrénées. Difficile de savoir à ce stade dans quelle catégorie tombera cet épisode de début mars, mais les signaux pointent vers un événement au-dessus de la moyenne.
Surveiller les alertes qualité de l'air
Si vous souffrez d'asthme ou d'allergies respiratoires, gardez un œil sur les bulletins de Géoair et des associations régionales de surveillance de la qualité de l'air. Lors des épisodes intenses, les concentrations de particules sahariennes peuvent dépasser les seuils d'information, même si ces poussières naturelles sont traitées différemment des particules industrielles dans les réglementations européennes.
Prochain point d'étape dans les prochains bulletins, avec des prévisions affinées à l'approche du week-end.