Depuis la mi-janvier, certains sites météo agitent le spectre d'un froid glacial qui pourrait paralyser la France début février. -10°C à Paris, neige sur les trois quarts du pays, routes bloquées, écoles fermées... Un scénario digne d'un film catastrophe. Sauf que Météo-France tempère largement ces prévisions alarmistes. Alors, vraie menace ou emballement médiatique ? Décryptage d'une situation météo qui fait fantasmer.
Des prévisions qui ont semé la panique
Vous avez peut-être vu passer ces titres inquiétants sur les réseaux sociaux ou certains sites météo. Depuis une dizaine de jours, plusieurs plateformes évoquent l'arrivée d'un
vortex polaire qui pourrait plonger la France dans un froid historique début février.
La Chaîne Météo s'interrogeait le 20 janvier sur un "vrai risque de froid ou un emballement". Le site Meteo-Paris.fr posait la question le 28 janvier : "Le froid peut à nouveau basculer vers la France en février ?".
Certains sites vont même plus loin. Pleinevie.fr, un site généraliste pour les seniors, affirmait le 21 janvier que "les météorologues tirent la sonnette d'alarme" sur "un froid historique en février", précisant même "les départements concernés". Imaginez le tableau : Paris à -10°C, des camions bloqués sur les autoroutes comme début janvier avec la
tempête Goretti, des écoles qui ferment et des entreprises au ralenti. De quoi faire frémir.
Un souvenir encore frais dans les mémoires
Il faut dire que la France a déjà connu ce genre de situation début janvier 2026. Des camions immobilisés sur l'autoroute A2 près d'Onnaing dans le nord, des routes impraticables, des difficultés d'approvisionnement... Le pays avait alors été sérieusement secoué. Alors forcément, l'idée que ça recommence fait peur.
Météo-France joue les pompiers
Sébastien Léas, prévisionniste à
Météo-France, met les choses au clair : on ne peut pas affirmer que la France va être bloquée par la neige pendant 10 jours. Encore moins que Paris va connaître des températures autour de -10°C en février. Mais d'où viendrait ce froid redouté ? De Sibérie ? D'Amérique du
Nord ?
"Ni l'un ni l'autre", explique le météorologue. La situation actuelle montre plutôt un signal météorologique "perturbé et océanique, avec des défilés de perturbations et des dépressions qui circulent tout autour de l'Europe". Une dépression balaye actuellement la
péninsule ibérique, une autre se trouve vers les
îles britanniques. Bref, c'est l'Atlantique qui mène la danse, pas le froid sibérien.
Le courant océanique remporte le duel
Ce
courant océanique joue les garde-fous et va remporter le duel face au froid venu de Sibérie. Les observations de Météo-France montrent que le temps va rester perturbé en France avec des températures plutôt au-dessus des normales de saison. Pas franchement la configuration idéale pour un gel historique.
Mauvaise nouvelle toutefois pour certaines régions : cette douceur relative ne va pas arranger les zones qui ont été touchées par les fortes précipitations et inondations, comme la
Bretagne. "On s'attend encore à une séquence bien perturbée d'ici la fin de la semaine et le début de semaine prochaine", précise Sébastien Léas. Et si vous trouvez qu'il fait froid malgré tout ? Normal, ironise le prévisionniste, "l'hiver est quand même encore très proche".
Le vortex polaire américain bloqué par l'Atlantique
Aux
États-Unis et au
Canada, les températures ont atteint -40°C par endroits, faisant des dizaines de morts et privant des centaines de milliers de foyers d'électricité. Une vague de froid qualifiée comme l'une des plus marquantes de ces 40 dernières années. Même le
Texas, peu habitué à ces conditions extrêmes, a vu le thermomètre descendre à -19°C.
Cette
vague de froid américaine, due à une descente d'air polaire arctique, a-t-elle des chances de traverser l'Atlantique pour venir nous embêter ? "Ce n'est pas parce qu'une vague de froid touche l'Amérique du Nord qu'elle va traverser l'Atlantique pour venir nous concerner", relativise Sébastien Léas.
Comment fonctionne le vortex polaire
Le
vortex polaire est une vaste nappe d'air extrêmement froid située à 50 kilomètres d'altitude. Cette nappe influence les descentes d'air froid. Voici comment ça marche :
- Si cette nappe reste structurée et stable, l'air froid ne bouge pas et il n'y a pas de décrochage d'air polaire
- Si le vortex polaire se réchauffe soudainement, passant de -90 à -20°C, ça peut générer une déstructuration qui favorise des descentes d'air froid plus au sud
Mais aujourd'hui, ce scénario n'est pas à l'ordre du jour. "On n'est pas vraiment dans ce contexte de réchauffement stratosphérique soudain", confirme le météorologue.
L'Atlantique transforme l'air glacial
Le continent américain est séparé du continent européen par l'
Atlantique, et c'est là que tout change. Cet air glacial a peu de chance d'atteindre l'Europe car il est "transformé" par le courant océanique. Au-dessus de l'océan, il tend à se réchauffer et à s'humidifier, ce qui limite les extrêmes en arrivant sur l'Europe de l'Ouest.
Lorsque l'air froid atteint le nord-ouest de l'Atlantique, au-dessus de la
Mer du Labrador entre le Canada et le Groenland, il accentue l'activité des dépressions. Ce qui fait craindre en France une dizaine de jours de pluie et même des risques de tempêtes. Encore des précipitations, donc, mais pas le grand gel annoncé.
Au-delà d'une semaine, tout devient flou
Sébastien Léas rappelle une vérité que beaucoup oublient : la difficulté des prévisions sur le long terme. "On a des processus de prévisions qui nous limitent dans cette exagération de scénario, puisque les échéances sont trop lointaines. Donc on va se concentrer sur les premiers jours et jusqu'à J8."
Autrement dit, au-delà d'une semaine, les prévisions sont à prendre avec des pincettes. Annoncer un froid historique pour début février quand on est encore fin janvier, c'est un peu comme prédire le temps qu'il fera le jour de votre mariage six mois à l'avance : c'est possible, mais hautement incertain. Alors avant de paniquer, attendons de voir ce que les prochains jours nous réservent vraiment.