Depuis plusieurs semaines, un acteur invisible mais redoutable dicte la météo française : le courant-jet polaire. Positionné comme un rail à 10 kilomètres d'altitude, il enchaîne les perturbations sur le pays et fait grimper le risque de crues. Certaines régions sont déjà à bout de souffle, les sols saturés d'eau n'en peuvent plus. Jusqu'où cette situation va-t-elle nous mener ?
Ce ruban de vent qui orchestre le chaos météo
Vous avez peut-être remarqué que la pluie n'arrête plus de tomber ? Ce n'est pas le fruit du hasard. À l'origine de cette météo pourrie se cache le
courant-jet polaire, un fleuve de vents violents qui file entre 8 et 12 kilomètres au-dessus de nos têtes. Imaginez une autoroute céleste où les vents atteignent parfois 300 km/h. Cette bande sépare l'air glacial de l'Arctique et l'air plus doux de nos latitudes.
Le problème ? Ce rail atmosphérique est actuellement braqué droit sur la
France. Au lieu de serpenter plus au nord comme il le fait habituellement, il nous pointe du doigt et guide une procession ininterrompue de
dépressions atlantiques. Résultat : les perturbations défilent au rythme d'une par jour, parfois même davantage. Vous comprenez mieux pourquoi votre parapluie est devenu votre meilleur ami ces derniers temps.
Une configuration qui ne veut pas bouger
Ce qui inquiète les météorologues, c'est la stabilité de cette situation. Quand le jet-stream s'installe durablement au-dessus d'une zone, les choses se figent. Certaines années, ce positionnement provoque des sécheresses. Cette année, il nous sert des pluies à la chaîne. Et tant que ce phénomène ne remonte pas vers le nord, on reste coincés sous le robinet.
La Bretagne et le sud-est en première ligne
Parlons terrain. La
Bretagne encaisse depuis des semaines et commence sérieusement à saturer. Des cumuls de pluie hors normes ont transformé certains champs en lacs. L'
Oust reste sous surveillance rapprochée tandis que le
Morbihan et l'
Ille-et-Vilaine sont toujours placés en vigilance orange par
Vigicrues. Les sols ne peuvent plus absorber une goutte de plus, chaque nouvelle averse fait monter le niveau des rivières.
Du côté de la Côte d'Azur, on ne s'en sort pas mieux. À
Antibes, plus de 130 litres d'eau par mètre carré sont tombés récemment. Pour vous donner une idée, c'est l'équivalent d'un mois et demi de pluie concentré en quelques jours. Des inondations locales ont été observées, et personne ne se réjouit de voir arriver de nouvelles perturbations.
Les prochains jours s'annoncent chargés
Entre jeudi et vendredi, de nouvelles pluies vont arroser :
- La Bretagne avec des rafales de vent approchant 100 à 110 km/h sur les côtes
- Les Pays de la Loire et l'Aquitaine sous des trombes d'eau supplémentaires
- Le pied des Pyrénées avec de fortes précipitations attendues ce week-end
- Les massifs montagneux avec d'abondantes chutes de neige au-dessus de 1 000 mètres
Dans les
Alpes du Sud, le risque d'avalanches est jugé très élevé. Si vous aviez prévu une escapade en montagne, mieux vaut peut-être reporter.
Quels risques concrets pour les prochains jours ?
Le vrai danger ne vient pas forcément d'un seul événement extrême mais de la répétition. C'est comme recevoir des coups de poing l'un après l'autre : même s'ils ne sont pas tous violents, à force, vous finissez par vaciller. Les sols gorgés d'eau réagissent de plus en plus vite, les cours d'eau montent en quelques heures et chaque coup de vent fragilise davantage les zones déjà touchées.
Concrètement, voici ce qui nous pend au nez :
- Crues et inondations sur les bassins déjà fragilisés de l'ouest et du sud
- Vents violents avec des rafales proches de 100 km/h sur les littoraux exposés
- Neige abondante en montagne accompagnée d'un risque d'avalanches marqué
Une question de positionnement
Tout dépendra de l'évolution du
jet-stream dans les jours à venir. Si ce rail de perturbations décide enfin de remonter vers le nord, on pourra souffler un peu. Mais tant qu'il reste centré sur notre territoire, attendez-vous à voir défiler les parapluies et les bulletins d'alerte météo.
Les scientifiques le répètent : la position du courant-jet au-dessus de l'Atlantique
Nord joue un rôle majeur dans les épisodes d'inondations en Europe. Quand il se fixe, les situations météo aussi. Pour l'instant, nous sommes donc embarqués pour quelques jours supplémentaires sous ce régime perturbé.
Gardez vos bottes à portée de main.